Blog de l'ANLCA

La lutte contre l’analphabétisme au Maroc Urgence et exigences

Notre pays vit un véritable paradoxe. Une grande part du budget de l’état y est réservée à l’instruction (Education Nationale) mais nous nous plaignons toujours et à juste titre de la productivité médiocre de notre système d’enseignement et de son niveau général.

Plus grave, chaque année et ce depuis au moins deux décennies une grande proportion de nos enfants scolarisés abandonne l’école, malgré la loi de l’obligatoire scolaire jusqu’à15ans révolus :

Les chiffres, concernant ces déperditions contradictoires selon les sources, auraient atteint à la fin de cette année 2016-2017 :218.141 enfants avec une quasi égalité entre l’urbain et le rural, d’après la Cour des Comptes. Cette masse de déscolarisés, vient renforcer le taux global des analphabètes dans notre pays qui représentent d’après le dernier recensement général (2014) près de 33% de l’ensemble brut de la population, alors que le rapport national de 2011 sur l’Education pour tous (E.P.T) publié par le Ministère de l’Education Nationale affirme que les objectifs étaient de « réduire le taux de l’analphabétisme à moins de 20% en 2015 et d’arriver à l’éradication quasi-totale du phénomène à l’horizon 2020 »….

Malheureusement, plus de 60 ans après l’indépendance nous continuons de supporter les conséquences de cette malédiction de l’analphabétisme, sur le plan national et international.

En effet, si nous sommes placées dans la moitié inférieure du classement mondial du développement humain, cela est dû, en grenade partie, au fait que plus du tiers de notre population est toujours analphabète. Certes le même rapport a pris soin de souligner les contraintes et les défis majeurs à relever et qu’il a résumés en :

a) L’insuffisance du financement

b) La lourdeur des procédures administratives.

c) La faible adhésion de certains concernés (collectivités locales, entreprises et département publics)

d) L’absence de système de certification et de passerelles pour promouvoir l’insertion des bénéficiaires

e) L’instabilité du formateur, faute de rémunérations encourageantes et d’un statut professionnel adéquat.

L’éradication de l’analphabétisme est donc une tâche essentielle qui nous incombe à tous, Etat comme citoyens.

La réalisation de cet objectif ne peut pas procéder d’une vaine gloriole qui flatterait notre « ego national ». Il s’agit d’une exigence morale de dignité, d’une exigence sociale mais aussi économique.

L’ignorance dont l’analphabétisme n’est qu’une des manifestions, handicape, en effet, notre développement économique et social de manière évidente.

Qu’il nous suffise d’apprécier les coûts qu’imposent à notre pays les méfaits de l’ignorance et donc de l’analphabétisme, au niveau de la productivité du travail, de la santé personnelle et familiale, de la propagation de la consommation des effets de l’analphabétisme serait longue à rapporter dans sa totalité).

A cela il faudrait ajouter le « gaspillage » induit par le fait que les investissements que notre pays engage ne sont pas rentabilisés comme il se doit (dans le secteur scolaire, dans le secteur de la production etc.)

Il serait bon qu’un groupe de spécialistes se charge d’étudier ce que la lutte contre l’analphabétisme a coûté à notre pays depuis la première action engagée dans ce domaine au lendemain même de l’Independence !

Et nous sommes, toujours et encore, à la recherche d’une optimisation maximale de l’action d’alphabétisation de tous nos concitoyens et concitoyennes.

Il ne s’agit pas de sombrer dans les lamentations, ni de tomber dans un pessimisme de mauvais aloi ; mais il est des vérités qu’il faut rappeler.

Ceci dit, actuellement notre pays dispose d’une Agence de Lutte contre l’Analphabétisme qui après quelques deux à trois ans de tâtonnement semble prendre ses marques. Son action vient étayer celle engagée par le Ministère des Habous et des Affaires islamiques qui arrive à alphabétiser près de 250.000 Personnes par an et celle engagé par les associations de la société civile qui alphabétisent environ 550.000 personnes par an, cela nous donne un total annuel de près de 800.000 citoyens et citoyennes sauvés de l’analphabétisme.

Certes ces chiffres qui devraient être non seulement confirmés, mais développés, permettront à notre pays de se débarrasser de l’analphabétisme primaire à l’horizon 2030. Certains, dont je suis, espéraient arriver à ce but en 2024 mais Comme dit le proverbe arabe السفن تشتهيه ال بما الرياح تهب

Il est vrai que l’éradication de l’analphabétisme (que je qualifierais de « primaire » car il ne consiste qu’en la connaissance de l’écriture, de la lecture et la possession de notion de calcul), ne signifie certes pas la permanence de l’ignorance livresque, mais ne permet pas la maitrise de pans entiers des connaissances humaines ; loin de là.

Je ne peux aborder dans cet écrit, somme toute rapide, tous les problèmes et toutes les difficultés qu’impose l’alphabétisation : (sur les plans de l’andragogie, des programmes, des curricula, des conditions matérielles, financiers et humains, en réponses aux besoins des encadreurs et des populations-cibles elles-mêmes et à leur habilitation à une insertion nouvelle et adaptée dans la vie nationale et conforme à la promotion culturelle acquise.

Pour éviter aux personnes nouvellement alphabétisées de retomber dans l’illettrisme, il est nécessaire d’entamer (de plusieurs manières) une formation ou une auto-formation ‘ « alphabétisation » .

Ceci pose plusieurs problèmes ; d’abord celui de la « certification » des acquis, ensuite celui du choix des méthodes de travail, puis celui du degré d’implication des intéressés eux-mêmes, sans oublier le rôle de l’ensemble des protagonistes concernés par ce grand chantier : l’Etat, dans toutes ses composantes, le secteur privé et des entreprises, les associations et les fondations qui représentent la société civile et enfin les mass-médias.

Actuellement l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA) (et, devrait-on ajouter, pour l’éducation tout au long de la vie) est l’instance habilitée à coordonner l’action de l’ensemble des composantes de l’Etat ( départements ministériels, secteur public de production, collectivité territorial, élus ) et des acteurs de la société civile. Ses responsabilités, ses fonctions et ses tâches sont clairement définies par son texte fondateur. Elle est dirigée par un directeur sous la responsabilité d’un conseil d’administration présidé par le chef de gouvernement.

Ce conseil d’administration dispose de deux commissions ; une première chargée de la stratégie et de l’investissement et une seconde ayant pour responsabilité le suivi et l’audit du budget.

La commission de la stratégie et de l’investissement est aidée dans sa tâche de réflexion par un comité scientifique composé de spécialités des problèmes d’alphabétisation, œuvrant en tant que bénévoles, indépendants dans leur réflexion et de leurs propositions.

L’Agence Nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA) est donc appelée à encadrer et à stimuler toutes les activités en rapport avec l’action d’alphabétisation de masse, mais en veillant à ne tomber ni dans l’ornière de la bureaucratie ni dans celle du directivisme » ; Elle dispose pour ce faire d’un personnel (qui devrait être plus fourni) et de moyens financiers limités, par rapport à l’immensité de la charge et à son caractère capital pour le développement véritable du pays. Elle doit jouer un rôle d’interface entre l’Etat et les organismes internationaux qui acceptent de participer à l’effort national pour l’alphabétisation et la post-alphabétisation. Elle est chargée de venir en aide aux associations qui œuvrent à l’éradication de l’analphabétisme dans notre pays et de répondre au mieux aux besoins de différents ordres de ces associations dans la transparence la plus totale, et la rigueur nécessaire sans, pour autant, porter atteinte à l’indépendance des intervenants dans l’action nationale de lutte contre l’ignorance, l’analphabétisme et pour la promotion de la connaissance parmi les citoyens et citoyennes.

C’est dire que le problème nous concerne tous. Il relève de notre responsabilités citoyenne collective.

C’est dans cette optique et pour insuffler une plus forte impulsion à l’effort national d’éradication de l’analphabétisme, que l’ANLCA est chargée d’organiser des Assises Nationales » sur la lutte contre l’analphabétisme, au courant du mois d’octobre prochain.

Cette encontre sera l’occasion, à n’en pas douter, d’un grand échange critique de points de vue et devra permettre la formulation, non seulement de recommandations qui risqueraient de sombrer au fond de quelques tiroirs, mais , surtout, de faire en sorte que le C.A de m’Agence adopte un plan précis pour l’action à l’horizon 2027, dans l’optique de l’éradication de l’analphabétisme et celle de la promotion de l’action de l’Agence dans l’apprentissage tout au long de la vie, avec obligation de résultats.

Ismail ALAOUI

Président de la Commission Stratégie et d’Investissement du Conseil d’Administration de l’Agence Nationale e Lutte Contre l’Analphabétisme

Coordinateur de Comité Scientifique près le C.A de l’ANLCA

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